Cette époque est presque totalement révolue. Au début du siècle, l’automobile fait appel à des spécialités. Châssis, mécanique et carrosserie ne sont pas toujours l’objet d’une seule et même marque. Les constructeurs fournissent également à leurs clients des châssis-moteurs qu’ils peuvent faire « habiller » chez un carrossier. Cette pratique est assez courante d’autant que les châssis sont séparés et permettent donc à l’envi de les recouvrir d’une belle carrosserie. Disons aussi, si l’on en a les moyens… C’est encore le cas aujourd’hui où un constructeur peut réaliser une voiture spécifique, souvent unique, à un (très) riche client comme le proposent Bugatti ou Ferrari…mais cela reste l’exception.

Mais revenons à ce début de siècle avec la naissance de Iakov Savtchuk en 1880 à Doubkor, près de Minsk, en Biélorussie, dans une famille juive. Rapidement, devenu un jeune homme, il va se former à la menuiserie et à l’ébénisterie. Plutôt doué, le garçon va connaître les mouvements ouvriers juifs des pays de l’Est mais ils seront vite interdits par le nouveau régime communiste en 1920 en Russie. Iakov Savtchuk va fuir le pays et se réfugier…en France. Il y arrive en 1905 et participe au démontage de l’exposition universelle ! Engagé sur le front lors de la première guerre mondiale, il va se voir attribuer la nationalité française à la fin de celle-ci et adopte alors le nom de Jacques Saoutchik.

Il va se marier et travailler comme associé dans une entreprise d’ébénisterie avant de se mettre à son compte, d’abord à Suresnes puis à Neuilly. Le jeune homme a du flair, de l’ambition et du talent. Cette belle recette va l’amener à proposer des carrosseries spécifiques qui utilisent encore largement le bois à cette époque. Entouré d’ouvriers très qualifiés dans les métaux, son affaire se développe, tout comme sa réputation. C’est dans ses ateliers, rue Jacques Dulud à Neuilly sur Seine qu’il va commencer à habiller le châssis d’une Isotta-Fraschini…

La suite est presque un conte de fée, puisqu’il va habiller les châssis des plus grandes marques comme Hispano-Suiza, Mercedes, Rolls-Royce… et aussi la fameuse Bucciali TAV 8-32. L’affaire va se corser tout de même puisque la seconde guerre mondiale va mettre un terme aux commandes. Jacques Saoutchik sera l’un des rares carrossiers à reprendre du service après la guerre. Et il va se surpasser avec les Delahaye et Talbot-Lago, habillant même la Talbot Record du Président Vincent Auriol. L’atelier va perdurer jusqu’en 1955 et Jacques Saoutchik décèdera en 1957 nous laissant pour la postérité parmi les plus belles carrosseries de tous les temps.

Pour info, la photo d’illustration est celle d’une Delahaye type 175 S de 1949…

Il n’est pas trop tard, Investissez !

Sylvain DEVAUX

Rédacteur en chef

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