Emile Mathis, le rêve d’Amérique !

L’automobile et l’histoire ont des destins liés. Les guerres, les crises, mais aussi les années de prospérité ont dicté les choix et les stratégies des constructeurs automobiles mais les ont aussi défaites. C’est l’histoire d’Emile Mathis, né à Strasbourg en 1880 et collègue de travail d’Ettore Bugatti chez De Dietrich entre 1902 et 1904. Les deux ingénieurs, remerciés par leur entreprise, font un temps route commune dans l’entreprise créée par Emile,  “Mathis et Cie”. C’est un garage de distribution automobile de grande ampleur puisqu’il devient le troisième du monde et le plus grand d’Europe !

En 1907, Ettore s’en va produire des automobiles de luxe et de sport alors qu’Emile Mathis fait construire une usine à Strasbourg dès 1911 pour produire ses propres créations, des Mathis Simplex, qu’il fait aussi courir en compétition en prenant lui-même le volant. Les succès sont au rendez-vous bien que la première guerre mondiale mette un coup d’arrêt à cette progression. L’entre-deux guerres verra Mathis devenir le 4ème constructeur français (il n’est alors plus allemand…) avec comme devise « le poids, voilà l’ennemi ». Une devise un peu oubliée aujourd’hui des constructeurs qui proposent des « SUV » flirtant avec les deux tonnes.

Mais Emile Mathis va aussi subir la seconde guerre mondiale et s’enfuir aux Etats-Unis. Il donnera alors les plans de son usine aux alliés afin qu’ils puissent bombarder ses bâtiments servant alors à produire des munitions aux allemands. Sa nouvelle société « Matam » (Mathis Amérique) va produire des obus et du matériel pour les alliés, ce qui lui vaudra une décoration (fanion à 5 étoiles). Il rentre en France en 1946 mais cessera alors peu à peu ses activités, vendant en 1953 ses usines de Strasbourg à Citroën. Emile Mathis décède à Genève en 1956 en tombant accidentellement par la fenêtre de son hôtel.

Dans les années 30, Emile Mathis avait essayé de s’implanter aux Etats-Unis, sans grand succès. Ayant fait de lourds travaux dans son usine de Strasbourg, ses finances sont assez préoccupantes. Suffisamment pour qu’il signe une alliance avec Ford Europe. Il en naîtra des voitures spécifiques comme l’Alsace V8 de 1935 équipée d’un moteur américain. Mais si elles sont jolies, les Matford sont classiques alors qu’en France la clientèle se tourne vers les Tractions, plus modernes de conception. De fait Ford lâchera Mathis alors que ce dernier ne s’imposera jamais aux Etats-Unis. Avec la guerre, la société Matford est dissoute. Reste quelques jolis modèles recherchés de nos jours…

Investissez, il n’est pas trop tard !

Sylvain DEVAUX

Rédacteur en chef

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. pistoncollection.com est le site sur lequel Sylvain Devaux s’exprime quotidiennement et livre une analyse pointue du monde de la collection automobile. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.pistoncollection.com.»

Pin It on Pinterest