Si vous y étiez, vous l’avez sans doute vue. J’en parlais rapidement vendredi dernier mais je voulais m’attarder un peu sur la Citroën Traction 15/6 “Shooting Break” proposée à la vente aux enchères. L’expression anglaise sied à cette drôle de voiture au passé mouvementé. L’Angleterre, d’où nous vient ce patronyme qui désigne les “break de chasse” mis à la mode dans la fin des années 50 et dont on se souvient encore, la larme à l’oeil de sa déclinaison sur l’Aston Martin DB5 entre 1963 et 1965. Bien plus près de nous, Mercedes remettra le concept au goût du jour avec les CLA et CLS dans cette dénomination. Mais cette Citroën n’est pas une création de la marque ni une réalisation d’époque. Je vous livre ici intégralement l’historique dressé par la maison d’enchères Aguttes qui s’est vu confiée cette vente du centenaire Citroën..

L’histoire de cette Traction 15/6 est très spéciale et amusante. En Belgique, les Tractions 4 et 6 cylindres sont fabriquées à l’usine de Forest et possèdent des caractéristiques propres, tel que l’intérieur en cuir, la mascotte de calandre, les roues Lambert-Nivelles, etc. L’industriel qui commanda la voiture neuve avec de nombreux accessoires supplémentaires la revend à l’un de ses compatriotes qui, en 1959 part en voyage avec toute sa famille en Angleterre. Sur une route détrempée, celui–ci se fait rentrer dedans par un autre automobiliste n’ayant pas anticipé son freinage. L’arrière de la 15 est gravement endommagé mais heureusement les occupants sont tous sains et saufs. Le garagiste qui récupère la voiture accidentée a sans doute une idée derrière la tête lorsqu’il propose de racheter l’épave. Celui-ci s’avère être un véritable surdoué du chalumeau. En prenant une épave de Vauxhall accidentée de l’avant, il commence une greffe qui paraissait pourtant impossible ! Heureusement l’essieu de la 15 et tous les organes mécaniques ne sont pas touchés. Il découpe donc l’arrière de la voiture tout en gardant les portes d’origine intactes. La transformation terminée, celui-ci continue un travail de titan en modifiant les ailes avant pour encastrer les phares, donnant à la voiture une allure plus moderne. Pas peu fier de son œuvre, il s’en sert ainsi quelques années, avant de la remiser dans son jardin où elle fut découverte dans les années 80 par un amateur anglais. En 1984, le très connu collectionneur de 15, monsieur Michon s’en porte acquéreur en échange de 600 livres sterling. S’en suivra une longue restauration, et en 1989 la voiture est enfin prête et roulante, affublée d’accessoires intéressants comme une pipe d’admission à trois carburateurs. Une 15 avec un certain accent British unique en son genre et prête à partir en voyage !”

Une histoire bien singulière pour cette 15/6, Belge d’origine, transformée en Angleterre avant de revenir en France. Tout ceci fait partie de la légende des constructeurs de génie, des carrossiers talentueux, des circonstances de la vie et de la passion des collectionneurs…

Il n’est pas trop tard, Investissez !

Sylvain DEVAUX

Rédacteur en chef

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