Le monde de la collection automobile a ses codes et ses têtes d’affiche. Grands carrossiers, marques prestigieuses ou raretés s’arrachent parfois à prix d’or, souvent au grand dam des vrais passionnés dans un seul objectif d’investissement. Mais il est possible aujourd’hui de dénicher des modèles « en devenir », de futurs collectors à vil prix. Plusieurs modèles pointent déjà leur calandre dans cette ascension programmée mais c’est un modèle presque contemporain qui réclame une attention particulière. Elle n’est pas encore prête à entrer en collection (30 ans…) mais entre déjà dans les collections, la Citroën C6 est un exemple frappant.

Prestige à la française ?

Qu’est-ce donc que cette Citroën C6. Sans doute la dernière grande Citroën dont le prestige semble désormais passer par la marque quelque peu surfaite de DS. Surfaite parce qu’elle n’allie guère, pour l’instant, qu’un nom évocateur d’un passé glorieux à des carrosseries très (trop ?) maquillées pour mieux cacher des dessous quelque peu roturiers, en tout cas bien peu innovants. Rien de tout cela dans la C6. Elle combine admirablement ce qui a fait la richesse de Citroën. Une carrosserie atypique avec des choix esthétiques singuliers, la fameuse suspension hydraulique et même les derniers moteurs multicylindres de la marque à l’heure des réductions drastiques. Récente, elle a été produite de 2005 à 2012, cela n’en fait pas encore un véhicule de collection mais très certainement un véhicule collectionnable.

Un parfum de rareté, fragrance sans-plomb

Un des critères de la collection est aussi la rareté. Alors si la C6 ne s’est pas contentée d’une poignée de véhicules, elle n’a été produite qu’à 23 400 exemplaires, à comparer aux 1.3 millions de DS (les vraies) produites. Certes, la C6 n’a pas révolutionné le paysage automobile comme a pu le faire sa prestigieuse ainée, mais elle en est sans aucun doute le dernier témoin. Témoin d’un savoir-faire et surtout d’un savoir être hors des codes classiques portés par la concurrence. Alors un placement cette C6 ? Oui, très certainement mais à choisir il parait opportun d’envisager une version essence plutôt qu’une mécanique fonctionnant au gasoil. Non que les diesels de cette grande berline soient mauvais, bien au contraire, mais l’avenir du diesel semble assez compromis, ne concerne guère que la France et apporte son lot de contraintes. Une contrainte principale, surtout, nommée système de dépollution entrainant une usine à gaz dont la fiabilité n’est pas trop rassurante (vanne EGR, filtre à particules, etc…). Ajoutez à cela une musique un peu agricole et vous comprendrez aisément que ce n’est peut-être pas le choix le plus judicieux.

Grande dame

Alors l’essence ? Oui, la C6 a été produite en version essence pour ceux qui ne recherchaient ni la performance ni l’économie de carburant. Seul disponible, le V6 ES9 de 3 litres de cylindrée développe un petit 215 chevaux transmis aux roues avant par une douce boîte automatique 6 rapports. Manquant de couple pour cette lourde berline, il doit être un peu cravaché ce qui surprend mais sur longs parcours il se fait plus conciliant. Il a toutefois un mérite, celui de la musicalité qui est loin d’être désagréable, en tout bien plus sympathique que celle des versions diesel, y compris les six cylindres (208 ou 240 chevaux). C’est là aussi que l’affaire devient intéressante puisque cette version n’a été produite qu’à 2 700 exemplaires au total (dont guère plus de 800 en France !) au cours de la carrière de la C6 (il se vend 100 000 Clio par an…). Si l’on réduit la recherche à la finition haute Exclusive avec quelques options, on tombe dans la quasi rareté, gage de valeur ajoutée dans le cercle des collectionneurs.

Et la ligne dans tout cela ? Œuvre du bureau de style Citroën, sous la houlette de Jean-Pierre Ploué, elle est effectivement singulière. Longue (4,90m), elle a aussi un empattement important, le tout laissant la ligne s’étirer à loisir. Le trait est assuré et fluide et si la face avant manque peut-être un peu de caractère, la poupe est un vrai parti-pris. Cette ligne en courbe avec des feux en boomerang sur la pointe des ailes peut évoquer quelques américaines des années 60 ou même une certaine Facel-Véga, symbole du luxe à la française dans les mêmes années. La lunette arrière concave reste aussi un signe marquant de son design, tout comme, et c’est là plus spectaculaire, les vitres sans encadrement.

Si la ligne, probablement sujette à controverse, est singulière et digne des grandes Citroën qui n’ont jamais prétendu relier tout le monde à leur cause, l’autre satisfaction est bien celle de disposer de la dernière version « Hydractive III + » d’une suspension remarquable d’efficacité. Un dinosaure puisque Citroën a acté sa disparition au grand dam des amateurs du genre. Sans revenir sur la mécanique, le point qui fâche un peu est celui de l’habitacle. Enfin plutôt la planche de bord manquant de classe et d’originalité, avec aussi des commodos issus de la très grande série. Mais les sièges sont très bien dessinés et confortables et quelques détails trahissent les gênes de la grande maison du quai de Javel, comme les superbes bacs de portes coulissants avec nonchalance.

A stocker rapidement

Beaucoup de points positifs et aussi un intérêt toujours très marqué des collectionneurs pour les modèles au double chevron devraient rapidement faire entre cette C6 dans le giron des collectionneurs voir des spéculateurs. Sans aucun doute plus rapidement que les CX et surtout les XM, pourtant plus anciennes, en raison de ce statut si particulier de « dernier témoin ». La cote Argus fait encore sa loi pour ces modèles bien récents, mais les rares versions essence font déjà parler d’elles. Pour un modèle peu kilométré, alors que sa cote officielle se situe au dessous de 10 000 euros, certains affichent déjà ces modèles au double. Une annonce récente affichait même la belle à plus de 30 000 euros….ah spéculation quand tu nous tiens…

Il n’est pas trop tard, Investissez !

Sylvain DEVAUX

Rédacteur en chef

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. pistoncollection.com est le site sur lequel Sylvain Devaux s’exprime quotidiennement et livre une analyse pointue du monde de la collection automobile. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.pistoncollection.com.»

 

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